Raconter l’histoire sans la faire vivre, ou pourquoi la relecture de La Sorcière d’Eria a pris plus de temps que prévu

Pourquoi j’ai trouvé la relecture de La Sorcière d’Eria plus difficile que prévu

La Sorcière d’Eria, c’est le deuxième tome de la Trilogie des Oghams. Normalement, c’est un tome fluide, ça roule. Pourtant, il m’a fallu un bon mois pour en terminer la relecture. J’ai trouvé cet exercice bien plus difficile que je ne l’avais anticipé.

Je me suis posé la question: pourquoi cette étape, qui devait passer comme une lettre à la poste, m’a-t-elle demandé tant d’efforts et d’énergie? On parle de la Sorcière d’Eria, pas des Invités de la Samain. Je ne l’ai pas écrit à 18 ans avec mon regard d’adulte encore un peu ado, non! Enfin, je l’ai commencé très jeune mais je l’ai terminé en 2015, après des années d’interruption. J’étais déjà à Londres. En fait, c’est même la solitude de mes débuts à Londres qui m’a poussée à m’y replonger.

Il y a certes la période sur laquelle cette relecture est tombée : mois de mars rude au bureau, horaires peu cléments avec accumulation de la fatigue de l’hiver, qui a été intense… Mais je crois que cela n’explique pas tout.

Raconter l’histoire sans la faire vivre

J’avais mal estimé le travail à effectuer sur ce tome 2. J’ai cru volontiers tous les lecteurs qui m’ont félicitée pour la fluidité de ce livre par rapport à son prédécesseur. Je n’avais reçu qu’un feedback mitigé sur La Sorcière d’Eria, feedback que je devais à une autre jeune auteure, Solène (Elka). « J’ai eu l’impression qu’on me racontait l’histoire sans me la faire vivre ». Sur le coup ça m’a intriguée sans m’inquiéter plus que cela. J’avais le nez dans Sorceraid. Chaque souci en son temps.

J’ai compris plus tard, en relisant la Sorcière après mon énorme travail de reprise des Invités de la Samain. J’ai bel et bien ressenti une distance vis-à-vis de certains personnages et une indifférence face à ce que je leur réservais. J’avais mis cela sur le compte de ma connaissance de l’intrigue. C’était une erreur. Cette distance existait parce qu’au lieu de me retrousser les manches pour prendre les problèmes de l’intrigue à deux mains et les résoudre par des faits, des dialogues, des pensées que les personnages pourraient avoir, je les avais contournés avec une explication du narrateur qui nous dressait un compte-rendu de ce que j’aurais dû détailler en rédigeant les scènes. J’ai demandé au lecteur de croire le narrateur sur parole alors qu’on ne lui avait rien montré.

La narration disait tout bonnement au lecteur: « Bah, c’est comme ça que ça se passe, on ne sait pas trop pourquoi. Pour les besoins de l’histoire, merci de bien vouloir croire ce que je raconte même si tu n’as été témoin de rien ».

L’un des grands chantiers de cette relecture, qui s’est transformée en réécriture, a été de rendre un peu de matière à ces passages auquel le narrateur ne faisait pas honneur. J’ai beaucoup étoffé certains fils de narration sur lesquels on glissait sans s’y attarder et donc sans s’y projeter.

Prendre certains personnages pour acquis

Deuxième grosse erreur, à mon avis: se reposer sur l’impression que certains personnages ont donné au lecteur dans le tome 1. Je parle ici surtout du personnage de Luan car c’est l’exemple qui m’a le plus marqué, même si dans les faits j’ai également retravaillé les personnages de Maelan et Yan (bien souvent en les confrontant l’un à l’autre, d’ailleurs).

Dans mon esprit, Luan est un pilier de l’intrigue et l’une des forces du premier tome. A la fin des Invités de la Samain, le lecteur est supposé l’aimer ou au moins se désoler de son départ. On sait qu’elle reviendra et on l’attend au tournant. Or, elle revient moins puissamment qu’on ne l’espérait (ou est-ce un effet de mon imagination?). En relisant la Sorcière d’Eria, je l’ai trouvée effacée.

J’ai redonné un peu de relief à ce personnage, lui ajoutant quelques scènes pour renforcer sa présence et tout bêtement nourrir les sentiments qu’Erwan lui porte. La dimension de romance initiée dans le tome 1 avait quasiment disparu et Luan nous apparaissait surtout comme brisée. Ce n’est pas forcément un mal de faire évoluer un personnage mais… il manquait un petit quelque chose.

Qu’attendre de cette nouvelle version?

L’intrigue n’a pas tellement changé pour ne pas perturber les lecteurs qui ne repasseront pas par la Sorcière avant d’entamer les Enfants de Lug (tome 3). En revanche quelques fils ont été étoffés, notamment celui qui concerne Maelan.

J’ai donné du relief à Maelan et Yan, les deux grands amis dont la jeunesse n’a pas été qu’admirable. Cette nouvelle version donnera plus de clés de compréhension de ces deux personnages dont j’explorais finalement assez peu la psyché jusque-là.

Kannaïg a aussi eu le droit à quelques retouches et Luan, comme je le disais plus haut, prendra plus de place. J’ai réintroduit des éléments de romance.

La nouvelle version de la Sorcière d’Eria est mise en ligne ce jour mais fera l’objet d’une ultime vérification, car les coquilles ont la peau tenace!

 

 

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